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ENS Cachan - Laboratoire de biologie et de pharmacologie appliquée (LBPA)

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La recherche et la prévention en 2017 ("micro-trottoir")

Quel est votre point de vue sur le VIH et les avancées de la recherche aujourd'hui ?


Premier interview :


Professeur Francoise Barre-Sinoussi, Laureate du prix Nobel de médecine 2008, Institut Pasteur, Paris, France
20/03/2017
 «  La mobilisation et les efforts internationaux sans précédent ont abouti à des retombées remarquables de la recherche sur le VIH/Sida en termes de diagnostic, de prévention et de traitement. En conséquence, une diminution des décès et du nombre de nouveaux cas d¹infection sont observés, mais des progrès restent à faire en matière de contrôle de l¹épidémie en améliorant l¹accès universel à ces outils de prévention et de prise en charge thérapeutiques. Quant à l¹éradication de l¹épidémie, elle ne sera envisageable que grâce au développement d¹un vaccin et d¹un traitement curatif qui restent les deux grands défis de la recherche aujourd¹hui. »
Professeur Francoise Barre-Sinoussi

Deuxième interview :


Professeur Olivier Lambotte, Professeur de médecine en immuno clinique à la faculté de médecine Paris Sud

Bicêtre le 20/03/2017

Points de vue sur le VIH et avancée de la recherche

La prise en charge de l'infection par le VIH a profondément changé depuis 20 ans. L'infection est maintenant devenue une maladie chronique et les patients peuvent vivre normalement ou presque avec des traitements anti rétroviraux optimisés qui contrôlent la réplication du virus.

Dans ce contexte, depuis quelques années, un effort International appelé « HIV CURE » a été mis en place pour essayer de viser la guérison de l'infection.

En pratique, cela passe par des traitements qui permettraient d'arrêter la prise des anti rétroviraux de manière la plus prolongée possible. Dans ce cadre, mon équipe de recherche travaille sur deux domaines principaux. Le premier est la caractérisation de patients rares appelés « HIV Controller » ou « contrôleur du VIH ». Ces patients qui représentent moins de 1% des personnes infectées par le VIH sont capables de vivre en contrôlant naturellement le virus.

Comprendre comment cela est possible et transposer les mécanismes de contrôle du virus chez des patients qui ne sont pas controller sont des objectifs importants. Nous avons eu depuis 10 ans, une série de résultats importants, en particulier nous avons pu montrer avec des collaborations avec les équipes de l'Institut Pasteur que les réponses lymphocytaires T CD4 et CD8 des patients controllers sont particulièrement efficaces et qu'il est possible de transposer les propriétés de ces cellules sur d'autres cellules, pour l'instant uniquement in vitro. Ces résultats ouvrent la voie à des thérapies cellulaires par exemple.
Le deuxième axe de recherche poursuivi est celui de comprendre les mécaniques de persistance du VIH dans des réservoirs où il reste caché et d'où il peut sortir si le traitement anti rétroviral est arrêté.

Nous travaillons sur cette thématique depuis les années 1995/1996.

Récemment nous avons pu montrer que les lymphocytes TCD4 réservoirs étaient présentes dans les tissus en particulier le tissu adipeux ; d'autres équipes avaient montré que le virus restait également caché dans les lymphocytes T CD4 appelées TFH présents dans les ganglions lymphatiques. L'étude des tissus est un sujet très important mais difficile pour des raisons évidentes d'accès chez l'homme.

Enfin, je travaille également dans le cadre d'une collaboration avec différentes équipes sur le développement d'anticorps largement neutralisants. Ces Ac sont particulièrement puissants et des essais pilotes chez l'homme montrent que leur administration permet d'arrêter pendant une petite période les antirétroviraux sans rebond du virus. C'est un axe de développement thérapeutique très intéressant et très prometteur.

Professeur O. LAMBOTTE
PU PH

Troisième interview :


Docteur Charlotte Rolland : Médecin, pôle de médecine Préventive , ENS Paris Saclay

Environ 150 000 personnes vivent avec le VIH en France.
Les moyens de prévention sont nombreux :
- Tout d'abord « primaire » (seringues à usage unique, préservatif masculin/féminin...)

- Mais également « secondaires » :
  > traitements des personnes infectées, rendant la charge virale indétectable, donc les sujets non infectants
  > traitements post-exposition en cas de contact infectant/rapport sexuel non protégé
  > traitement préventif/  « Prep » : destiné aux personnes non infectées, mais considérées « à haut risque ».

Pourtant, le nombre de nouvelles infections ne diminue pas en France. Plus inquiétant, 11% des découvertes de séropositivité concernent  les 15-24 ans. 
On estime par ailleurs à 30 000 le nombre de personnes, en France, porteuses du virus sans le savoir (près d' 1 malade sur 5).
Le dépistage reste donc un moyen « clé » pour enrayer la propagation du virus. Rappelons qu'à cet effet, des Autotests VIH sont disponibles en pharmacie depuis fin 2015.

Pour l'avenir!...
Les travaux de chercheurs français, publiés tout récemment dans « Nature », ouvrent l'espoir de pouvoir un jour éliminer totalement le virus de l'organisme. Ils ont en effet mis en évidence une protéine de surface, propre aux cellules infectées. Cette découverte devrait permettre, à terme, de développer de nouvelles stratégies thérapeutiques, visant à éliminer de l'organisme le virus latent.

Docteur Charlotte Rolland
Médecin, pôle de médecine Préventive , ENS Paris Saclay

Quatrième interview :

Docteur Elisabeth Mbemba, docteur en biologie cellulaire : La meilleure protection contre le VIH-SIDA est la prévention.

Aujourd'hui, beaucoup de personnes pensent que le SIDA n'existe pas, d'autres imaginent qu'avec la trithérapie, "c'est bon" : "On me soigne mais je ne change pas mes habitudes sexuelles".

Ce genre de comportement irresponsable met le ou la partenaire en danger.
En effet, à l'heure actuelle, l'arme la plus efficace contre la transmission de VIH-SIDA est toujours la prévention. C'est pourquoi il est important de s'affranchir des idées reçues, telles que "le SIDA peut se soigner par les plantes", "qu'il ne concerne qu'une catégorie de la population", ou "qu'on fait confiance à son partenaire"...

Il faut garder en mémoire que l'infection par le VIH  est chronique et que les personnes infectées qui suivent un traitement anti rétroviraux vivent presque "normalement". En effet, le SIDA ne se voit pas à l'oeil nu, d'où l'importance de se faire dépister quand il y a une prise de risques (rapport sexuel sans protection). Cela permet à chacun de faire un état des lieux sur sa santé et évite la transmission du virus et donc l'arrivée de nouveaux cas.

Pour moi, la mobilisation de tous est nécessaire pour une bonne prévention et une prise en charge thérapeutique précoce permettant d'éviter la propagation du VIH-SIDA.

A ce jour, la recherche a beaucoup avancé, mais il faut encore beaucoup de moyens financiers.

C'est pourquoi votre participation est nécessaire quelque soit la somme que vous allez donner pour Le Sidaction.  

Docteur Elisabeth Mbemba, docteur en biologie cellulaire